Marie-Antoinette de Stéfan Zweig.

Publié le 20 Novembre 2011

    Biographie écrite en 1933.    

    Qui était Marie-Antoinette? Archiduchesse d'Autriche, puis Reine de France, mais à part cela? En fait je ne la connaissais pas vraiment. Le peu que je savais d'elle ne correspondait pas forcément à la réalité. Aussi ai-je éprouvé du contentement d'avoir lu cette biographie de Stéfan Zweig qui décrit ce personnage sous un angle beaucoup plus humain que ne le font la plupart des historiens.    

   Au premier abord Marie-Antoinette nous apparaît comme un personnage peu sympathique. Mariée à 15 ans au futur Louis XVI, pour raisons d'état, elle faisait montre d'une grande immaturité et n'était nullement préparée à son rôle de Reine de France. D'une grande frivolité, elle aimait les toilettes, les bijoux et s'amuser follement. Elle était hautaine, orgueilleuse et méprisante. D'une intelligence moyenne, Marie-Antoinette n'aimait pas réfléchir, ne lisait pas et ne s'intéressait à rien d'autre qu'à ses amusements.  Le protocole de la cour étant extrêmement strict, elle s'est fait offrir par Louis XVI, le Petit Trianon pour y vivre à demeure, chasser l'ennui qu'elle éprouvait en y organisant de somptueuses fêtes, du reste extrêmement onéreuses pour la cassette du royaume. "Dans l'âge des plaisirs et de la frivolité, dans l'ivresse du pouvoir suprême, le Reine n'aimait pas à se contraindre; l'étiquette et les cérémonies lui causaient de l'impatience et de l'ennui."

    Deux ou trois ans après son accession au trône, les premières chansons hostiles circulent: 

    "Petite Reine de vingt ans 

qui traitez aussi mal les gens,

    Vous repasserez en Bavière"

Malheureusement Marie-Antoinette préfère  traiter par le plus profond mépris toutes ces cabales et ne discerne pas le danger qui se cache derrière. Car la Révolution est déjà en marche et ne s'arrêtera plus.

     C'est avec" l'Affaire du collier", que Marie-Antoinette perd pour la première fois son assurance. Bien qu'innocente dans cette histoire, son insouciance a fait qu'elle est tombée dans le piège que lui a tendu madame de la Motte et ses complices.

    La réputation de Marie-Antoinette, déjà mauvaise, s'enfonce irrémédiablement.  "Elle est considérée comme la femme la plus lascive, la plus dépravée, la plus fourbe, la plus tyrannique de toute la France." On l'appelle aussi madame Déficit.

     Le peuple se réveille, la colère gronde, la bourgeoisie ouvre les yeux sous l'impulsion de Voltaire et de Rousseau et la Reine réalise enfin sa négligence, mais il est déjà trop tard. Le quatorze juillet a lieu la prise de la Bastille, qui marque le début de la Révolution.

     Mais Marie-Antoinette, "considérant ses droits monarchiques comme d'origine divine" n'est pas disposée à reconnaître les droits et la liberté d'autrui. Elle ne fait aucun effort pour comprendre ce grand événement qui va bouleverser sa vie et celle de la monarchie.

     Puis, le danger devenant de plus en plus grand, c'est la fuite à Varennes, le retour, puis l'enfermement au Temple duquel le roi ne sortira que pour être guillotiné.

     Marie-Antoinette se retrouve seule, abandonnée de tous, on lui a tout pris, même son enfant.  La cour d'Autriche lui refuse son aide pour des raisons politiques. Un seul lui reste, c'est son ami, plus précisément son amant, un homme qui l'a toujours aimée et soutenue, le comte de Fersen avec lequel elle a correspondu pendant des années. Mais ce dernier aura beau entreprendre démarches sur démarches pour aider la reine il ne parviendra pas à la sauver.

    A la Conciergerie, nommée la maison des morts, parce que nul ne sort de là vivant, Marie-Antoinette ne possède plus rien. On l'a dépouillée de tout, elle vit dans une cellule humide qui ressemble à un tombeau et c'est bel et bien cette impression qu'elle a d'être enterrée vivante. Dorénavant elle n'a qu'un souhait c'est de mourir le plus rapidement possible car plus rien ne la retient à la vie.

    Lors de son procès, forte de sa position de souveraine, elle garde la tête haute et c'est, imperturbable, qu'elle entend l'énoncé du verdict la condamnant à la peine capitale.  

    "Marie- Antoinette a écouté sans broncher, avec un calme parfait, la décision des jurés et la sentence. Elle ne manifeste pas le moindre signe de peur, de colère ou de faiblesse.    "Elle est lasse de cette vie, de ces gens, satisfaite au fond de voir se terminer toutes ces mesquines persécutions."

    Pendant la dernière nuit, Marie-Antoinette écrit longuement à Madame Elisabeth pour prendre congé de tous ceux qu'elle a aimés.  "Elle n'a plus grand chose à faire ici-bas. Elle n'a plus qu'à mourir, à bien mourir".

     Et c'est ce qu'elle va faire. Cette femme jadis écervelée, ne trahit aucun sentiment devant les curieux alignés sur son passage. "c'est en vain que ses ennemis les plus acharnés l'épient pour la surprendre dans un moment de faiblesse et de désespoir."

    Ce que j'en pense:

    Une femme projetée dans un rôle qu'elle n'avait pas recherché, éprouvant les sentiments de tout être, allant de la joie la plus totale à la souffrance la plus douloureuse; et parvenant néanmoins à faire face à l'adversité grâce à la force qu'elle a su trouver au-dedans d'elle. Un personnage fascinant, une belle biographie de Stéfan Zweig qui nous entraine dans les méandres de cette âme profonde.

 

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Rédigé par Alicia

Publié dans #Biographies

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Marianne 06/12/2011 17:49


J'aime beaucoup l'écriture de S. ZWEIG. Je n'ai pas lu ce livre-ci mais ton billet est plutôt incitatif. Il semble qu'il t'ait touchée.


J'imagine une jeune fille de 15 ans prendre d'aussi conséquentes responsabilités que celles de représenter un pays. On comprend aisément aujourd'hui qu'elle était simplement immature encore pour
porter cette charge. En regard, ce que tu en dis sur sa fin me laisse penser qu'elle aura eu à vieillir bien vite pour devoir parler lucidement de sa mort se sachant prisonnière d'un système et
de quelque chose en marche qu'elle ne peut pas arrêter. Finalement, bien que décriée par beaucoup, ce portrait que tu nous rapportes nous la rend très humaine.

Alicia 07/12/2011 18:52



Marie-Antoinette était en effet très humaine, mais pour s'en rendre compte, encore fallait-il s'approcher d'elle. Sa position de reine ainsi que toutes les erreurs
qu'elle a commises l'ont complètement isolée du peuple, sur lequel, du reste, elle portait un jugement erroné. A la fin de cette lecture, nous comprenons un peu mieux cette femme qui a été
précipitée dans une vie qu'elle n'avait pas choisie elle-même.


Merci beaucoup pour ton passage, Marianne et pour ta sensibilité qui te permet de voir au-delà.


Bien à toi!



akialam 30/11/2011 14:54


C'est vraiment un bon livre, je l'ai lu il y a quelques années et je trouve que Zweig est, outre des sources nombreuses et qu'il cite, un excellent conteur !

Alicia 02/12/2011 08:43



Du même avis que toi, Akialam. Il s'agit là d'un livre très riche dans lequel Zweig ne se contente pas de décrire Marie-Antoinette, mais brosse aussi un excellent
tableau de la Révolution avec tous ces grands personnages qui ont fait l'Histoire française.


Zweig est un de mes auteurs préférés  de par sa plume si précise!


Merci beaucoup pour ton commentaire Akialam et à bientôt!