La chenille

Publié le 30 Juin 2009

    Elle sort d'une touffe d'herbe qui l'avait cachée pendant la chaleur. Elle traverse l'allée de sable à grandes ondulations. Elle se garde d'y faire halte et un moment elle se croit perdue dans une trace de sabot du jardinier.
    Arrivée aus fraises, elle se repose, lève le nez de droite et de gauche pour flairer;  puis elle repart et sous les feuilles, sur les feuilles, elle sait maintenant où elle va.
    Quelle belle chenille, grasse, velue, fourrée, brune avec des points d'or et ses yeux noirs !
   Guidée par l'odorat, elle se trémousse et se fronce comme un épais sourcil.
    Elle s'arrête au bas d'un rosier.
    De ses fines agrafes, elle tâte l'écorce rude, balance sa petite tête de chien nouveau-né et se décide à grimper.
Et, cette fois, vous diriez qu'elle avale péniblement chaque longueur de chemin par déglutition.
    Tout en haut du rosier, s'épanouit une rose au teint de candide fillette. Ses parfums qu'elle prodigue la grisent. Elle ne se défie de personne. Elle laisse monter par sa tige la première chenille venue. Elle l'acueille comme un cadeau.
    Et, pressentant qu'il fera froid cette nuit, elle est bien aise de se mettre un boa autour du coup.

 

Jules Renard



 

Rédigé par Alicia

Publié dans #Poèmes

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Retsig 04/07/2009 23:18

J'aime les papillonsLes papillons sont des chenillesDonc j'aime...euh... les papillons ?Les chenilles ? Vous ne devez pas être très nombreux sur la planète à apprécier ces êtres. Mais voici, une preuve d'amour qui doit bien valoir de nager dans la soie !A bientôt, Alicia.

Alicia 08/07/2009 22:45


J'aime bien ton commentaire poétique.
A très bientôt Retsig.


Nanne 04/07/2009 16:58

C'est un très bel extrait sur un insecte parfois mal aimé mais qui nous donne de très beaux papillons et de la part d'un auteur un peu trop oublié des grands classiques français. Merci Alicia de nous le remettre en mémoire !

Alicia 04/07/2009 18:54


J'aime assez bien les chenilles dont certaines ont de belles couleurs et leur façon de se déplacer, à l'inverse des limaces que je trouve répugnantes. Beurk!
Bien à toi.